Le Bandeau sur les yeux forum maçonnique
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
-50%
Le deal à ne pas rater :
-50% sur le Vélo électrique Xiaomi Mi Smart Pliable 250 W
499.99 € 999.99 €
Voir le deal

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

+2
GiacomettiRavenne
patos
6 participants

Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par patos Mer 16 Déc - 19:06

Liberté chérie (loge maçonnique)

Liberté chérie est une loge maçonnique connue pour avoir fonctionné à l'intérieur du camp de concentration nazi d'Esterwegen pendant la Seconde Guerre mondiale.

Fondation

La loge est créée dans la seconde quinzaine de novembre 1943, après l'arrivée du maître maçon Amédée Miclotte à la « baraque 6 » du camp de concentration Emslandlager VII d'Esterwegen, le 22 novembre 1943, par sept francs-maçons belges déportés pour faits de résistance. Le nom de la loge fut choisi d'après les paroles du Chant des marais (traduction du Borgermolied) créé en 1933 à Börgermore et Esterwegen, diffusé ensuite par les prisonniers politiques allemands et retransmis à l'étranger où il a été traduit et chanté dans les organisations de jeunesse scouts et autres ainsi que par les membres des brigades internationales.

Les sept fondateurs étaient :
 
    Paul Hanson (« Hiram », orient de Liège) ; 1889 - décédé à Essen le 26 mars 1944
    Luc Somerhausen (« Action et Solidarité no 3 », orient de Bruxelles) ; 1903 - décédé à Bruxelles le 5 avril 1982
    Guy Hannecart (« Les Amis philanthropes no 3 », orient de Bruxelles) ; 1903 - décédé à Bergen-Belsen le 25 avril 1945
    Jean Sugg (« Les Amis philanthropes », orient de Bruxelles) ; 1897 - décédé à Buchenwald le 6 mai 1945
    Joseph Degueldre (« Le Travail », à Verviers) ; décédé à Pepinster le 19 avril 1981
    Amédée Miclotte (« Les Vrais Amis de l'union et du progrès réunis », orient de Bruxelles) ; décédé à Gross-Rosen le 8 février 1945
    Franz Rochat (« Les Amis philanthropes », orient de Bruxelles) ; 1908 - décédé à Untermansfeld le 6 janvier 1945
 
Il y eut aussi deux « affiliés » arrivés à Esterwegen en février et mars 1944 :
 
    Jean-Baptiste de Schrijver (« La Liberté », orient de Gand) ; décédé à Gross-Rosen le 9 février 1945
    Henri Story (« Le Septentrion », orient de Gand) ; décédé à Gross-Rosen le 5 décembre 1944
 
Par la suite, peu avant le départ de Luc Somerhausen le 22 février 1944, ils initièrent, puis élevèrent jusqu'au troisième degré le frère Fernand Erauw ; décédé à Ottenbourg le 8 avril 1997. Le frère Franz Bridoux, initié après-guerre, était lui aussi prisonnier dans le même baraquement du 16 novembre 1943 au 15 avril 1944. Paul Hanson fut élu vénérable.

Fonctionnement

Le dimanche matin, tandis que les catholiques se réunissaient au fond du dortoir pour la messe avec les deux prêtres déportés, les frères réunissaient la loge dans l'autre pièce du baraquement « numéro 6 », autour d'une table qui était habituellement utilisée pour le tri des cartouches. Les déportés non catholiques et non maçons assuraient le guet à l'entrée de la baraque.

Le baraquement « numéro 6 » était occupé par des prisonniers « nuit et brouillard » (Nacht und Nebel) étrangers (environ 85 % de Belges, 10 % de Français du Nord-Pas-de-Calais, etc). Les camps d'Emslandlager étaient un ensemble de camps dont l'histoire est présentée dans l'exposition permanente du centre de documentation et d'information de Papenburg. Cet ensemble de quinze camps était établi près de la frontière avec les Pays-Bas et étaient administrés depuis Papenburg.

Luc Somerhausen décrivit l'initiation d'Erauw et les autres cérémonies comme étant des plus simples. Ces cérémonies eurent lieu à l'une des tables au moyen d'un rituel extrêmement simplifié dont toutes les composantes furent expliquées au candidat afin que, par la suite, il puisse participer aux travaux de la loge. Elles furent protégées des regards des autres prisonniers et des surveillants par les quelques non-catholiques et non maçons qui étaient déportés dans le même baraquement.

Il y avait plus d'une centaine de prisonniers dans le baraquement « numéro 6 », où ils étaient enfermés pratiquement 24 heures sur 24, n'ayant le droit de sortir qu'une demi-heure par jour, sous surveillance. Pendant toute la journée les prisonniers triaient des cartouches et des pièces de radio. Les prisonniers politiques ou de droit commun allemands de l'autre moitié du camp étaient contraints de travailler dans des conditions effroyables dans les carrières de tourbe des environs. L'alimentation était si pauvre que les prisonniers perdaient en moyenne 4 kg chaque mois.

Après la première tenue d'installation de la loge, d'autres réunions thématiques furent organisées. L'une d'entre elles fut dédiée au symbole du Grand Architecte de l'Univers, une autre à l'avenir de la Belgique et une autre à la place des femmes dans la franc-maçonnerie. Somerhausen et Erauw et le docteur Degueldre survécurent à la détention et la loge cessa ses travaux au printemps 1944 au moment du transfert de tous les prisonniers Nacht und Nebel vers d'autres camps plus au centre de l'Allemagne.

La respectable loge « Liberté chérie » est immatriculée sous le numéro 29bis au Grand Orient de Belgique.

Membres de la loge

Le vénérable maître de la loge, le juge Paul Hanson, né à Liège le 25 juillet 1889, était membre de la loge « Hiram » à Liège. Participant à un service de renseignements et d'action, il est arrêté le 23 avril 1942. Il est plus tard transféré à Essen et meurt dans les ruines de sa prison, détruite par un raid allié le 26 mars 19442
Le docteur Franz Rochat, professeur d'université, pharmacien et directeur d'un important laboratoire pharmaceutique, est né le 10 mars 1908 à Saint-Gilles. Il travaille clandestinement pour le journal de la résistance La Voix des Belges, avant son arrestation le 28 février 1942. Transféré à Untermansfeld en avril 1944, il y meurt le 6 janvier 1945.

Jean Sugg est né le 8 septembre 1897 à Gand. D'origine suisse-allemande, il travaille avec Franz Rochat dans la presse de la résistance, traduisant des textes allemands et suisses, et participe à différents journaux clandestins, dont La Libre Belgique, La Légion noire, Le Petit Belge et L'Anti Boche. Il meurt à Buchenwald le 6 mai 1945.

Jean Sugg et Franz Rochat appartenaient à la loge des Amis philanthropes à Bruxelles.
Guy Hannecart, avocat, poète, romancier et dramaturge, né à Bruxelles le 20 novembre 1903, appartenait à la loge Les Amis philanthropes no 3, à Bruxelles. Membre du Directoire national du Mouvement national belge, il est arrêté le 27 avril 1942. Il meurt à Bergen-Belsen le 25 février 1945.

Joseph Degueldre, docteur en médecine, né à Grand-Rechain le 16 octobre 1904, était membre de la loge « Le Travail » à Verviers. Membre de l'Armée secrète, chef de section de S.A.R., il est arrêté le 29 mai 1943. Transféré à la prison d'Ichtershausen en avril 1945, il participe à une « marche de la mort », s'en évada et fut ensuite rapatrié par l'aviation américaine le 7 mai 1945. Il meurt le 19 avril 1981 à l'âge de 78 ans.

Amédée Miclotte, professeur, est né le 20 décembre 1902 à La Hamaide et appartenait à la loge « Les Vrais Amis de l'union et du progrès réunis ». Chef de section aux Services de renseignements et d'actions, il est arrêté le 29 décembre 1942. Il est aperçu pour la dernière fois en détention, le 8 février 1945 à Gross-Rosen.

Jean De Schrijver, colonel de l'armée belge, est né le 23 août 1893 à Alost. Il était membre de la loge « La Liberté » de Gand. Le 2 septembre 1943, il est arrêté pour espionnage et possession d'armes. Il meurt à Gross-Rosen le 9 février 1945.

Henry Story était né le 27 novembre 1897 à Gand. Il était membre de la loge « Le Septentrion » à Gand. Capitaine aux Services de renseignements et d'action, arrêté le 20 octobre 1943, il meurt le 5 décembre 1944 à Gross-Rosen.

Luc Somerhausen, journaliste, est né le 26 août 1903, à Hoeilaart. Il appartenait à la loge « Action et Solidarité no 3 » et fut grand secrétaire-adjoint du Grand Orient de Belgique. Adjudant aux Services de renseignements et d'actions, il est arrêté le 28 mai 1943 à Bruxelles. Rapatrié le 21 mai 1945, il envoie en août de la même année un rapport détaillé au grand maître du Grand Orient de Belgique dans lequel il relate l'histoire de la loge « Liberté chérie ». Il meurt le 5 avril 1982 à l'âge de 79 ans.

Fernand Erauw, greffier à la Cour des comptes de Belgique et officier de réserve dans l'infanterie, est né le 29 janvier 1914 à Wemmel. Il est arrêté le 4 août 1942 pour appartenance à l'Armée secrète, où il avait le grade de lieutenant. Il s'évada et fut repris en 1943.[réf. nécessaire] Erauw et Somerhausen se retrouvent en 1944 dans le camp de concentration d'Oranienburg-Sachsenhausen et restent inséparables par la suite. Au printemps 1945, ils participent à une « marche de la mort ». Rapatrié le 21 mai 1945 et hospitalisé à l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, Erauw ne pesait alors plus que 32 kg pour 1,84 m. Dernier survivant de "Liberté chérie", il meurt à l'âge de 83 ans, en 1997.

Monument

Un monument, créé par l'architecte Jean De Salle, fut élevé par les francs-maçons belges et allemands le 13 novembre 2004. Il fait désormais partie de l'ensemble du mémorial d'Esterwegen. Wim Rütten, grand maître de la Fédération belge du Droit humain, déclara dans son discours :
 
    « Nous sommes assemblés ici aujourd'hui, dans ce cimetière d'Esterwegen, non pas pour prendre le deuil, mais pour exprimer publiquement une pensée libre : « À la mémoire de nos frères, les droits de l'homme ne seront jamais oubliés. »! »
patos
patos
Admin

Messages : 3752
Date d'inscription : 15/09/2015
Age : 68
Localisation : Drôme

Le Coyote.. et GiacomettiRavenne aiment ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par patos Mer 16 Déc - 19:10

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Ancien mémorial à l'entrée du camp de concentration de Börgermoor, à Surwold, près de Papenburg, Emsland, Allemagne. Ici fut créée la chanson die Moorsoldaten, connue en français sous le nom de "Chant des Marais"

( image I. Wilms ) voir aussi :
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
patos
patos
Admin

Messages : 3752
Date d'inscription : 15/09/2015
Age : 68
Localisation : Drôme

GiacomettiRavenne aime ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par GiacomettiRavenne Mer 16 Déc - 19:41

Je lisais justement cet article hier !

Cela rappelle que la FM peut survivre même en "mode dégradé". La situation actuelle, même si ce n'est pas la guerre, me fait penser à cette période où les francs-maçons ont été obligés de suspendre leur travaux. Les raisons étaient évidemment autrement plus préoccupantes que celles de maintenant.
GiacomettiRavenne
GiacomettiRavenne
Chien fou
Chien fou

Messages : 177
Date d'inscription : 26/01/2020
Age : 41
Localisation : Paris

patos aime ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par danielsan Mer 16 Déc - 20:11

Un bon exemple, l'histoire du fondateur de ma Loge, Edouard José Laval, raconté par Christian Jacq dans son livre "Le moine et le Vénérable". En camp de déportation notre vénéré fondateur faisait des tenues dès que le nombre règlementaire d'officier le permettait dans une cabane de prisonniers ou même dans la nature aux abors du camp. Un livre sympathique à lire même s'il est un peu romancé.
L'histoire est vraie et l'on y remarque la symbolique maçonnique du nombre. Dès que le nombre est là, la tenue peut être ouverte.
danielsan
danielsan
Maitre Philosophe
Maitre Philosophe

Messages : 1602
Date d'inscription : 16/02/2016
Age : 70
Localisation : HAUTS DE FRANCE

patos aime ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par Keldor Jeu 17 Déc - 1:07

Même au plus profond des ténèbres une petite lumière subsiste... ce récit nous le montre bien. 

Mais je me pose maintenant cette question: n'y a-t-il pas exactement, en ce moment même, des FM dans une situation presque similaire ? Dans une certaine mesure ? Je pense notamment à Lampedusa, Lesbos, mais plus globalement à toute zone où des personnes sont privées de libertés car étant malheureusement considérées comme indésirables.



Bien à vous.
Keldor
Keldor
Nouveau né
Nouveau né

Messages : 65
Date d'inscription : 20/10/2020
Age : 30
Localisation : Bruxelles

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par Luciole Jeu 17 Déc - 12:38

Merci Patos pour cet opportun rappel. Il y eû.des héros, il y eu des traîtres, l'histoire de la FM rejoint celle de l'humanité c'est à nous de la rendre plus belle.
Luciole
Luciole
Grand Initié
Grand Initié

Messages : 3890
Date d'inscription : 02/01/2016
Localisation : Paris,Ile de France

Planck aime ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par Le Coyote.. Lun 21 Déc - 16:45

Loge maçonnique faite dans un camp de concentration... selon l'article qui se réunissait les dimanches, en même temps que la messe... la question est souvent posée : "la Franc-Maçonnerie est-elle une religion ?"

Ce à quoi la majorité des concernés s'empresse de répondre : "Non ! Pas du tout !"
Et d'autres un peu plus philosophe : "Oui et non, on pourrait la considérer comme la religion de la laïcité !" (chose à laquelle je n'adhère pas du tout, trouvant sans fondement).

Eh bien là... dans des conditions extrêmement périlleuses on voit que pour "faire société" et garder un semblant de vie, d'espérance, de liant les uns font une messe (religieuse) les autres font une réunion maçonnique...

La Franc-Maçonnerie n'est effectivement pas une religion dans le sens où elle ne propose aucune vérité révélée, solutions préconçues et contraintes liées à des pratiques de la vie de tous les jours.

Mais ici, dans ce camp de concentration, elle a servi en lieu et place pour certains d'un liant social, d'un soutien moral et rejoint l'étymologie de la religion ("religare" en latin).
C'est l'expérience de la sacralité [...] recueillir pour revenir et recommencer, dans une attention scrupuleuse, dans le respect, la patience, avec pudeur et piété. [fraternité ?]
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Encore aujourd'hui pour bien des membres de la Franc-Maçonnerie, je sais que la place vide laissée par la religion chez certains est occupée par les sujets de réflexions, le parcours initiatique et le sens à sa vie recherché en loge.
Le Coyote..
Le Coyote..
Petit Sage
Petit Sage

Messages : 419
Date d'inscription : 04/06/2018
Localisation : ╠═O.I.T.A.R.══Nancy, Metz═╣

https://www.oitar.info/

patos aime ce message

Revenir en haut Aller en bas

la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie Empty Re: la franc-maçonnerie dans les camps de concentration : Liberté chérie

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum