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Gloire à la paresse, vraiment ?

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Gloire à la paresse, vraiment ? Empty Gloire à la paresse, vraiment ?

Message par patos Dim 26 Mar - 19:22

Notre temps libre ne cesse de s’accroître, mais nous le gaspillons à de pures futilités suggérées par nos écrans. Reprenons nous en main.



On lit encore au fronton de nombreux temples le « Gloire au Travail » célébré au 19e siècle. Il s’agissait bien entendu du travail sur soi. Et pour les Lumières le premier travail à accomplir c’était de développer son savoir . Un des ennemis les plus redoutables, vu de l’époque, était l’ignorance. Il est vrai que, entre autres parce que la connaissance est un pouvoir, y accéder était réservé aux élites dominantes. Et puis la technologie, fille des avancées scientifiques, est arrivée . D’abord une mécanisation qui soulage le corps, durement éprouvé depuis le néolithique, ensuite des progrès médicaux, la conjonction des deux permettant l’allongement de l’espérance de vie. Et le point le plus récent c’est le numérique, absorbant également des tâches intellectuelles de plus en plus complexes grâce à l’intelligence artificielle. Mais cette dernière, à l’aise dans les gigantesques bases de données que se sont constitués les géants d’internet, s’est mise à connaître nos profils individuels mieux que nous-mêmes, permettant beaucoup de manipulations à notre insu.

Mais regardons nos agendas. Dans ceux-ci, le temps libre s’est mis à croître fortement.



Toute une industrie du loisir est née. La population a pu accéder librement au savoir culturel tout autant qu’au divertissement proprement dit. Les systèmes audiovisuels publics ont eu un cahier des charges mixte : du délassement bien sûr ( autrefois appelé aussi « variétés » ) mais également de grandes œuvres visuelles, littéraires, ou musicales.  Au fur et à mesure que l’offre se diversifiait, la faveur du public s’est graduellement mais inexorablement orientée vers plus de délassement.
Nous voilà aujourd’hui avec une quantité de temps libre comme jamais, que nous « claquons » dans l’inaction. En psychologie, l’analyse transactionnelle a observé que nous recherchons souvent des « passe-temps », ces façons de tuer le temps à des activités sans valeur apparente, sauf qu’elles ont pour but caché d’éviter les sujets qui fâchent. Plus techniquement, nous sommes laissés hypnotiser par les algorithmes. En effet, ils retiennent notre attention pendant des heures chaque semaine, au dérisoire prix de quelques « likes » et des petits shoots de dopamine qu’ils procurent. Vous en doutez ? Tous les smartphones disposent de la fonction d’enregistrement du temps passé par application, allez donc y voir ! De nombreux parents, absorbés par leurs applis, laissent des écrans à leurs petits, et il s’ensuit une chute rapide des niveaux scolaires dans tous les domaines, des QI et de la capacité de concentration.



Dans le même temps, mais est-ce un hasard, certains politiciens clament tout le bien qu’ils pensent du droit à la paresse. Les politiciens savent depuis l’Antiquité que du pain plus des jeux achètent la paix sociale.

En parallèle, la haine du travail semble atteindre dans notre pays un niveau jamais atteint.
L’accomplissement de soi que les psychologues comme Maslow attribuaient au travail est passé à la trappe. Olivier Babeau a, dans son «  la tyrannie du divertissement », décortiqué les différentes versions des loisirs à travers les âges. Il pointe les similitudes entre la skholè, le loisir vu par les anciens grecs, et la stricte planification du temps non occupé par l’étude ou la profession chez les bourgeois du siècle passé . Les membres des classes dominantes étaient, et sont officiellement toujours, selon le narratif politique le plus courant, sélectionnés par la méritocratie. Certes, la méritocratie semblait après la Révolution un énorme progrès, en comparaison de l’attribution des postes sur base de la naissance.  Mais on a, depuis, compris que l’ascenseur social a une efficacité poussive. Notamment, il est devenu évident que la volonté ne suffit pas du tout. Comme analysé par Bourdieu et bien d’autres, il faut que certains « codes » soient transmis aux enfants pour qu’ils réussissent comme « transclasses ». Mais quels codes et comment ? Babeau observe que la société actuelle se complexifie à toute vitesse, et qu’il existe une compétition entre les pays.

Le pays gagnant sera celui qui a le mieux formé l’esprit de ses jeunes.



La Chine s’y emploie, mais bien sûr en usant de sa méthode non démocratique. Bref, nous sommes dans un monde dans lequel « qui n’avance pas recule ». Voilà qui place la barre bien haut. Et patatras, voilà que le travail dégringole de son piédestal, et que nos loisirs tendent vers un vide absolu. Oui, ces deux événements sont liés . La réussite à l’école puis dans la profession sont en fait des conséquences de ce qui s’est passé en dehors. Ceux qui gaspillent leur temps libre ont à l’avance perdu dans « la lutte des places » .

Mais comment faire sans faire vivre un enfer dystopique à nos enfants ?



Commençons par être des exemples à suivre. Le smartphone a un point commun avec un instrument de musique : il est à la fois outil utile dans la profession et vecteur de plaisir. Tous les musiciens vous le diront :  il faut séparer strictement les périodes de travail et perfectionnement de la maîtrise de l’instrument et celles dédiées à la musique pour se faire plaisir. Pareillement, il faut disposer de temps de loisir de délassement pur et d’autres de loisirs plus orientés vers la construction de soi.

On retrouve là le fameux test du chamallow : l’enfant incapable de différer son plaisir immédiat est mal parti pour développer son potentiel, et risque à terme cet ennui mortel qui ronge notre société. De plus, le développement de chacun reste la seule méthode pour réduire les inégalités que toutes nos redistributions de richesse n’arrivent pas à réduire.

En entrant en maçonnerie mon appétit de savoir s’est décuplé. Notre citation maçonnique «  gloire au travail », si elle est bien comprise, reste une voie royale vers une vie accomplie, en harmonie avec toute l’humanité.
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Message par Athena Lun 27 Mar - 13:22

Pour Pascal, le travail ("les charges et les offices") est aussi une forme du divertissement, peut-être la plus pernicieuse car elle est valorisée/valorisante et que nous pouvons nous y sentir utile. Or le travail - il existe une addiction au travail - peut conduire à délaisser toute autre forme de réalisation de soi, voire à se négliger complètement, à se perdre dans un tourbillon de tâches qui peuvent aussi être vides de sens. Mais l'on est occupé, débordé, on se sent important, et parfois on gagne un joli salaire pour le sacrifice consenti.

Le travail n'est pas nécessairement vecteur d'émancipation, il peut asservir, aliéner comme on dit, et nous sommes alors esclave de notre gagne-pain. Dans les cas extrêmes le travail qui endommage le corps et abrutit l'esprit déshumanise le travailleur - son travail ne lui appartient pas, il ne crée pas une "oeuvre" dans laquelle se réaliser, se reconnaître et grandir.

Le travail est-il porteur de valeur morale ? La paresse, un des sept péché capitaux est forcément dénigrée dans les sociétés judéo-chrétiennes - elle peut accompagner ou générer d'autres penchants réprouvés, la gourmandise, la luxure puisqu'en effet il faut avoir du temps libre pour pouvoir s'y adonner.

Pour autant, que reste-t-il de nous quand nous ne travaillons pas ? Certes la société du loisir est elle aussi abrutissante, sur des écrans petits ou grands, dans le tourisme de masse, l'injonction à entretenir son capital physique (adeptes de la salle de sport ou accros du footing), et le culte de soi affiché sur les réseaux sociaux. 

Mais mais... ce n'est que dans la vacance de l'esprit et du corps que nous pouvons lire, jouer d'un instrument, renouer avec la nature, cuisiner pour ceux que l'on aime, discuter passionnément, grandir aussi donc. Peut-être avons nous peur de ces moments de vide où nous nous retrouverions confrontés juste à nous-mêmes et notre vie (ou notre vide) intérieure - Pascal, encore.

Personnellement j'aime le travail, mon travail d'enseignante et le travail en général, la possibilité de réaliser des oeuvres individuelles ou collectives. Mais je sais aussi combien cela est ancré dans mon éducation, les valeurs qu'on m'a transmises, mes modèles parentaux. Nous avons tous vécu une expérience inédite il y a trois ans quand on nous a confinés : tout s'est arrêté. Et je dois dire que ça a été une vraie révélation pour moi, tout ce temps pour juste vivre et regarder pousser les fleurs et les tomates et entendre le vol des insectes dans le silence retrouvé.

J'écris tout cela en tant que profane, et vais certainement apprendre à poser la question dans d'autres termes, bientôt.
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Message par patos Lun 27 Mar - 14:41

Merci de cette belle contribution, Athena. Et elle n'est pas contradictoire avec ce qui la précède : le pur délassement, qui peut être de l'attention à la nature, reste indispensable.
Juste que la chute de l'intelligence et du niveau de culture sont alarmants, et corrélés avec l'abus de "divertissement" abrutissant sur écrans.
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