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En quoi croyaient les humains préhistorique ?

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En quoi croyaient les humains préhistorique ?  Empty En quoi croyaient les humains préhistorique ?

Message par Sam Mar 24 Aoû - 7:11

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En quoi croyaient les humains préhistoriques ? Sur la trace des premiers grands récits mythiques 1/2
Par Jean-Loïc Le Quellec
A première vue, le problème semble insoluble. Comment espérer retrouver ne serait-ce qu’une partie des mythes du paléolithique ? Les paroles ne se fossilisent pas et aucun fragment de mythe ne surgira jamais sous la truelle de l’archéologue. Directeur de recherche au CNRS, Jean-Loïc Le Quellec nous entraîne dans le laboratoire du préhistorien pour tenter de ressusciter ces premiers mythes.

« Les religions ne meurent jamais vraiment » (2/6). Comment savoir si les premiers humains connaissaient des pratiques susceptibles d’être considérées comme religieuses ? Parler de religion à leur sujet, ne serait-ce pas courir le risque de commettre un énorme anachronisme ?

Certes, les préhistoriens ont identifié des comportements qu’ils considèrent comme « symboliques ». Ils se manifestent dès Néandertal, attesté il y a au moins 400 000 ans et qui s’est éteint il y a 28 000 ans environ : tracés géométriques, ornements corporels, constructions énigmatiques, sépultures… Et le décor somptueux de certaines grottes, réalisé cette fois par les humains anatomiquement modernes qui finirent par supplanter l’humanité néandertalienne, a fait considérer ces cavités – telles les grottes de Lascaux, de Chauvet ou d’Altamira – comme des « sanctuaires ».

Pourtant, malgré de très nombreuses tentatives, l’art pariétal reste muet. Comment faire parler ces images, quand l’avis des artistes préhistoriques ne pourra jamais être connu, non plus que le témoignage des autres membres de leur société ?

Paroles, paroles
Les plus hardis des préhistoriens les ont expliquées par le chamanisme, le totémisme, la magie de la chasse ou d’autres explications encore, mais tous savent bien, au fond, que malgré la très grande technicité actuelle de la science préhistorique, nous ignorons toujours la signification de l’art des grottes. D’ailleurs, sa fonction était-elle seulement de signifier ? Nous ne le savons pas.

Malgré cette irrémédiable incertitude, même les plus prudents spécialistes admettent que ces images durent être accompagnées de paroles. Paroles injonctives des commanditaires des œuvres ? Peut-être. Paroles échangées entre artistes autour des secrets du métier ? Possible. Paroles de commentaires et d’appréciation ? Probable. Paroles rituelles prononcées face aux images ou en les réalisant ? Pourquoi pas ? Toutes ces hypothèses sont recevables, mais une seule semble totalement incongrue : celle d’images sans paroles.

Plusieurs préhistoriens ont supposé que les figures des cavernes auraient illustré des mythes

Or, il est une catégorie de paroles qui, dans mille et une cultures du globe, accompagne souvent les images : celle du mythe. Plusieurs préhistoriens ont donc supposé que les figures des cavernes auraient illustré des mythes, et ont tenté d’en retrouver le discours (puisque c’est ce que ce mot signifie en grec). Dans cette perspective, les animaux figurés sur les parois des grottes représenteraient autre chose qu’eux-mêmes. Par exemple, telle figure montrant un homme coiffé de cornes serait une préfiguration du Minotaure, ou six ponctuations jouxtant telle peinture d’aurochs évoqueraient les Pléiades associées à la constellation du Taureau.

Mais comment dépasser de telles intuitions ? Comment les vérifier ? Il faudrait au moins pouvoir démontrer qu’à l’époque où ces figures ont été tracées circulait déjà un mythe tel que celui du Minotaure, ou bien que certaines étoiles étaient arbitrairement regroupées en des ensembles significatifs, dont l’un aurait été interprété comme l’image d’un bovin céleste.

En effet, toute démarche interprétative des images préhistoriques devrait en premier lieu s’assurer que l’interprétation qu’elle propose n’est pas anachronique. Par exemple, avant de tenter de rechercher, sur les images des grottes, des indices de pratique chamanique, il conviendrait d’abord de s’assurer que le chamanisme existait à l’époque à laquelle elles furent tracées.

Avant de les dire associées à une organisation de type totémique, il faudrait savoir s’il existait alors une conception qualifiable de totémisme. Supposer que telle image féminine serait celle de « la Grande Déesse » ne devrait pouvoir se faire qu’après avoir démontré qu’une telle divinité était alors vénérée. Ne pas respecter cette étape fait courir le risque de construire a posteriori une réinterprétation moderne des images, sans grand rapport avec leur signification originelle.

Machines à voyager dans le temps
A première vue, le problème semble insoluble. Comment espérer retrouver ne serait-ce qu’une partie des mythes du paléolithique ? Les paroles ne se fossilisent pas, et aucun fragment de mythe ne surgira jamais sous la truelle de l’archéologue. Une fois les mythes disparus, aucun procédé de fouille ne permet d’espérer en retrouver la trace. C’est pourquoi, dans leur grande majorité, les archéologues pensent actuellement que la question du sens de l’art préhistorique n’est, au fond, pas scientifique. Si l’on pose le problème en ces termes, il est bien difficile de leur donner tort.

Pourtant, il est possible d’aborder les choses différemment. S’ils ont réellement existé, bien sûr que les mythes paléolithiques ont désormais disparu. Mais n’en reste-t-il vraiment plus rien ? N’existerait-il pas une méthode qui pourrait utilement nous aider à y répondre ?

La réponse est simple : oui, une telle méthode existe.

Plusieurs sciences sont particulièrement médiatisées, car elles nous fascinent par leur capacité à reconstruire le passé. Ces véritables « machines à voyager dans le temps » sont l’archéologie et la génétique, dont les découvertes retentissantes font régulièrement la « une » des médias. Elles ne sont d’ailleurs pas les seules : la linguistique historique et la mythologie comparée ont, elles aussi, des capacités similaires. Bien sûr, les résultats qu’elles nous livrent présentent un certain degré d’incertitude, mais celui-ci peut être cerné, au même titre que pour les dates obtenues avec la méthode du carbone 14, par exemple.

Les archéologues pensent que la question du sens de l’art préhistorique n’est, au fond, pas scientifique

Les méthodes de la mythologie comparée ont été développées par de très nombreux spécialistes, généralement inconnus du grand public, avec des résultats souvent contre-intuitifs… comme c’est si souvent le cas dans le domaine de la recherche scientifique.

Ainsi, une opinion très répandue veut que les traditions orales – en particulier les mythes – s’altèrent très vite, pour disparaître assez rapidement : leur étude ne permet donc pas de remonter dans le temps au-delà de quelques générations. C’est exact à l’échelle des témoignages individuels contemporains, qui ne peuvent donc être pris comme des documents historiques bruts. Cependant, il en va autrement à l’échelon collectif, et les spécialistes ont bien documenté des traditions orales qui se sont transmises durant plusieurs milliers d’années.
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Message par Sam Mar 24 Aoû - 7:11

2/2 Exhumer les récits d’origine
A cet égard, il est particulièrement intéressant d’examiner la répartition mondiale de mythes ou de mythèmes (éléments minimaux des mythes) qui ne tombent pas sous le sens, mais qui sont considérés comme essentiels dans les collectivités où ils s’expriment. C’est le cas des grands récits d’origine, qui présentent une impressionnante stabilité puisque puisqu’ils sont réputés dire le vrai sur l’origine du monde, de l’humanité, de la mort, etc., de la culture dans laquelle ils s’inscrivent.

On a découvert au XIXe siècle que certains de ces « récits de la genèse » – qui peuvent être très complexes et nécessiter des heures pour être contés en entier –, sont attestés aussi bien en Eurasie qu’en Amérique, où s’observent des concordances précises, jusque dans certains détails n’obéissant à aucune logique narrative interne. L’explication la plus simple est alors que ces mythes seraient passés d’Eurasie en Amérique lors du peuplement du continent, il y a au moins 12 000 ans.

Cela est parfaitement admis par tous les mythologues, dont Claude Lévi-Strauss n’est que le plus connu, et c’est l’un des arguments qui permettent de supposer le caractère « précolombien » – et donc préhistorique – de certains mythes. Des comparaisons plus élargies, notamment avec l’Australie, elle aussi peuplée très anciennement et restée complètement isolée du reste du monde durant plusieurs dizaines de millénaires, renforcent ces déductions. Surtout, des méthodes statistiques très récemment empruntées à la phylogénétique en apportent également la confirmation.

Les mythologues s’appuient sur les traditions orales pour reconstruire des « arbres évolutifs » des mythes

Comme les êtres vivants, les mythes évoluent, se diffusent, s’adaptent, se diversifient, sont sujets à des modifications comparables à celles qui conduisent à la différenciation des espèces, selon des processus qui se déploient sur des millénaires. Tout comme les phylogénéticiens utilisent ces phénomènes caractéristiques du vivant pour reconstruire des arbres évolutifs, les mythologues s’appuient sur leurs équivalents dans les traditions orales pour reconstruire des « arbres évolutifs » des mythes.

Le mythe de l’Emergence primordiale
Grâce à ces méthodes, on a pu démontrer que, selon toute probabilité, le grand mythe d’origine qui prévalait au paléolithique final était celui dit de « l’Emergence primordiale ». Il raconte qu’au tout début, les humains et les autres animaux vivaient à l’intérieur de la terre et, un beau jour, à la suite de circonstances dont le détail varie selon les récits, ils en sont sortis en passant par l’ouverture d’une grotte – avant de se disperser progressivement à la surface du globe.

Il est facile de comprendre à quel point ce type de mythe est important pour toute collectivité qui le tient pour vrai. Les narrations sur lesquelles s’appuient actuellement les grandes religions du globe tiennent également pour essentiels des récits qui exposent le début du monde, qui narrent l’origine de l’humanité et de tous les êtres.

L’influence de telles narrations se fait sentir tout au long de la vie personnelle des membres de ces collectifs. Elles ont inspiré d’innombrables œuvres artistiques et architecturales qui ne peuvent se comprendre sans connaître ces mythes de création. Ainsi, ni les églises, ni les statues et peintures qui s’y trouvent ne sont compréhensibles sans référence au mythe chrétien (entendre : le récit sur l’origine tenu pour vrai par les collectivités chrétiennes).

Lorsqu’ils découvrirent les cavernes de l’actuel espace franco-cantabrique au terme de la longue pérégrination qui les a conduits hors d’Afrique, les hommes du paléolithique final ne pouvaient que penser au mythe de « l’Emergence primordiale », si ce dernier structurait en effet leur existence et était essentiel à leur façon de se situer dans le monde. Par la suite, en ornant ces cavités de figures animalières, leurs graphistes, eux aussi, avaient sans doute en tête l’ancien récit disant qu’un jour, les animaux sortirent d’une grotte…

Jean-Loïc Le Quellec est directeur de recherches émérite à l’Institut des mondes africains, CNRS. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art pariétal et les mythologies, en particulier Arts rupestres et mythologies en Afrique (Flammarion, 2004) et Dictionnaire critique de mythologie (avec Bernard Sergent, CNRS Editions, 2017).
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Message par patos Mar 24 Aoû - 12:14

merci Sam !

les invariants humains, puisque nous sommes tous sapiens, ne peuvent que jouer un rôle dans les similitudes observées.

le cerveau a besoin de se rassurer, et a inventé pour cela les récits mythiques, qui indiquent un sens de la vie , et dont la cohérence donne une prédictibilité rassurante.
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