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Guthrie
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José-Maria de Heredia - Les Trophées

le Ven 27 Fév - 8:35
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Les Trophées
José-Maria de Heredia
Editions Poésie/Gallimard


Je tire là encore une vieille cartouche. Pour beaucoup d'entre nous, cet auteur nous ramène à l'odeur renfermé des vieux pupitres d'école à charnière, avec encrier et banc intégrés. Chez lui, la forme du poème en "sonnet" tournait à l’obsession. A deux ou trois rares exceptions, toute son oeuvre repose sur cette architecture (deux quatrains / deux tercets), à tel point que ses contemporains se foutaient de sa gueule, jugeant ses poèmes emprisonnés, corsetés, camisolés, ne pouvant être que des poèmes interchangeables. Claudel ironisait : « Ses sonnets partent tout seuls comme des boîtes à musique. »

C’est sûr, il en a fait beaucoup, trop sans doute. Mais il est assurément un habile orfèvre, un joaillier précis. En outre, ce qui le dessert, plus que le mouvement, c’est l’école à laquelle il appartient : le Parnasse. Kezako, le Parnasse ? C’est en gros la période charnière entre le romantisme et le symbolisme, une sorte de vaste et curieux bric-à-brac où les jeunes poètes d’alors – et pas les moindres : Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Verlaine – se retrouvèrent pour revendiquer le retour à l’art pour l’art en contestant le romantisme tout en lui reconnaissant ses belles pages. Enfin, oui, c’est pas très clair... Disons pour faire simple que le Parnasse fut un laboratoire qui permit au symbolisme de faire ses armes. Une école dont Heredia est malgré tout l’une des perles. Même si comparé à Baudelaire-Verlaine-Rimbaud-Mallarmé, il semble aujourd’hui tombé dans l’oubli, on trouve chez lui des pièces d’une aura évidente où la science de l’expression concise, ramassée, lie si fortement les mots qu’ils produisent une sorte de représentation plastique de ce qui est évoqué. Luc Decaunes le croque en ces termes : « Hérédia, sans doute, n’est pas un aigle. Souhaitons tout de même ses ailes menues à tant de volatiles à quatre pattes dont nous voyons encombrée la basse-cour contemporaine. »  

En extrait, voici L’Oubli :

Le temple est en ruine au haut du promontoire.
Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
Les Déesses de marbre et les Héros d’airain
Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.

Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
De sa conque où soupire un antique refrain
Emplissant le ciel calme et l’horizon marin,
Sur l’azur infini dresse sa forme noire.

La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;

Mais l’Homme indifférent au rêve des aïeux
Ecoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.
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