Giraudoux ou l'ironie souriante

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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Mar 12 Nov - 22:54

Et voici. J'espère que vous êtes bien installés pour voir défiler l'ahurissante partition de Messiaen, composée en captivité avec d'autres prisonniers de guerre musiciens et des instruments rafistolés:

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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Mar 12 Nov - 23:18

Merci pour l'invitation au concert ! Wink
Je relis votre réponse à l'écoute de Messiaen.
A cette heure, le couchant de vos images flambe en accord avec la musique.
Une frénésie de rouge, au passage Colette-Moreno, éclate sur la nuit avec ses points d'exclamation.
Coulées de lueurs peu à peu éteintes.
Pluie d'étoiles.
C'est Hérodote le peintre ce soir qui écrit à la manière de Kandinsky.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Mer 13 Nov - 19:07

J'ai fait un saut aujourd'hui chez les bouquinistes pour voir s'ils avaient Les Mémoires de Marguerite Moreno - coup nul. Pas plus de succès pour Les Cahiers de Giraudoux dont le volume n°9 est une série de correspondances avec Jouvet, échanges de travail sur les mises en scène. Dommage. Du coup, j'ai acheté La Formule de Dieu, choix guidé par les commentaires des participants sur le fil consacré. Ce soir ou demain je commanderai le livre de Jean-Dominique.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Mer 13 Nov - 21:24

jJe vous répète, ami Guthrie, que si j'avais une adresse postale où vous joindre je vous adresserais le livre de Jean-Dominique. Vous êtes, à peu de monde près, le seul véritable ami que je compte sur ce Forum. Ceci explique celà. Je vais chercher de mon côté. A porpos j'ai perdu dans mes changements d'ordinateur votre adresse e-mail. Pourriez-vous me l'envoyer de nouveau en MP ? Merci.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Mer 13 Nov - 21:29

Voici encore qui tourne à la manie : mon compteur bloqué !
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Mer 13 Nov - 21:55

Ca y est, Guthrie. Le livre sera chez moi (faute d'avoir une adresse de vous)
à votre disposition si vous voulez qu'un ami vienne le récupérer, au cas où vous ne voudriez pas donner votre adresse.
Celà s'appelle "Souvenirs de ma vie (1948; année de sa mort)" par Marguerite Moreno, Préface de Colette, Introduction de Robert Kemp, aux Editions de Flore. Plus besoin de chercher ! l'ouvrage sera chez moi sous 48 heures ! Amitiés.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Mer 13 Nov - 22:16

Commande n° 403-2209149-0401937
Effectuée le 13 novembre 2013
Marguerite Moreno. Souvenirs de ma vie : . Préface de Colette,... Introduction de Robert Kemp
Etat : Used - Good
Vendu par benhadj
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Sans doute disparu. Il y en a de plus récentes mais sans la préface de Colette et l'introduction de Robert Kemp, le Sainte-Beuve de l'époque qui finit lui aussi à l'Académie. Elle s'entourait de beau monde la Marguerite-Aurélie ! Ou Jouvet qui a été son producteur metteur en scène troimphal pour le "Folle de Chaillot" jusqu' à Jean Giraudoux, qu'elle bien connu et qui écrivit la pièce à son intention.Difficile de séparer pour les gens de ma génération, les traits de Moreno du duo Giraudoux-Jouvet
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Jeu 14 Nov - 11:10

Votre gentillesse bondissante a touché juste. Elle est allée à la cible sans se tromper de route dans le labyrinthe des sentiments. Elle a frappé au cœur. Alors, même si je comptais de toute manière acheter le livre de Jean-Dominique, vous m'avez donné envie de tirer ma flèche moi aussi en montrant, si possible, autant de grâce dans le geste.  
Commande n° 403-9891141-0323501
Effectuée le 14 novembre 2013
Jean-Dominique Reffait - Français de Souche

(je vous envoie un mail afin que vous puissiez me rajouter à vos contacts)
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Ven 15 Nov - 15:37

Par inattendu, gentil et catégorique Message Privé, j'ai reçu un mot de Mademoiselle Morgane qui n'était plus apparue sur ce fil depuis quelques jours.
Elle nous quitte non pas à cause de Giraudoux, de Guthrie ni de moi, mais qu'appartenant à un mouvement, sur lequel je n'ai absolument aucun avis mais qui est fort loin de mes soucis, elle a trouvé,, en feuilletant le Forum des remarques acerbes à l'encontre de ses convictions. Je n'ai pu que lui répondre que j'avais rien ri quand je m'étais imagine ma "Morgane-à-moi" abîmée dans la Kabbale, mais que je trouvais parfaitement légitime que des personnes s' y adonnassent. Voici sans trahir le détail, le motif de cette absence que Guthrie et moi allons sûrement regretter.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Lun 18 Nov - 13:42

Dans les années 30, invariablement, le seul nom de Giraudoux auprès des comédiens suscite un sourire qui fait phosphorer leurs yeux d'une montée lacrymale contenue. Pourtant il meurt en janvier 44 en ne laissant aucun disciple derrière lui – Anouilh et Brasillach s'étant appropriés davantage les petites lunettes rondes du dramaturge que la plume.
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D'où vient un tel désaveu ? Et pourquoi aussi sec ? Même si Hérodote estime à raison que la légèreté giralducienne est celle des grands mélancoliques, il faut se rendre à l'évidence, sa langue fleurie, ses personnages, son humour empreint d'une tendresse radieuse paraissent bien naïfs au sortir de la guerre. Un savoir-faire déjà périmé au goût des artistes qui pour pouvoir digérer la seconde boucherie mondiale, ou carrément la vomir, ressentent une immense soif d'autre chose. C'est l'époque des tenants de ce qu'on nomme Le théâtre de l'absurde – Ionesco, Beckett, Genet, Adamov –, traduisant l'angoisse existentielle à la fois des auteurs, de leurs personnages et sans doute même des spectateurs. Car, entre 46 et 50, nous ne sommes pas encore de plain-pied dans les trente glorieuses : croissance timide, crise du logement, sans oublier le système des tickets de rationnement qui restera en vigueur jusqu'en 49. Si bien qu'en attendant la guerre froide, on se démerde comme l'on peut pour affronter les répercussions d'un conflit encore tiède, en proie à une subjectivité débridée voire malade, ne percevant plus le monde qu'à travers le prisme déformant de ses angoisses ou obsessions. On se demande comment alors la flamme poésie, dans ce no man's land mental aussi vide qu'une banquise à perte, suffirait à redonner force, à rallumer espoir. En définitive, à l'exception de Jean Tardieu, dont les courtes pièces sont un savoureux mélange de poésie et d'absurde, le théâtre après Giraudoux abandonne l'ironie souriante pour le rire grinçant.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Herodote le Lun 18 Nov - 15:32

Le long purgatoire de Jean Giraudoux me fait penser à celui, plus sensible puisqu'il l'a ressenti, à la Libération, dans sa chair et ses os, de Sacha Guitry, grand styliste à sa façon et qui respectait notre langue au point que chaque page de Guitry est une leçon  de grammaire pour écolier. Mais il manquait à Guitry ce qui manqua toujours à Molière, l'art d'écrire des tragédies. Seule exception à la règle giralducienne, "Electre", pièce noire dont s'empara Richard Strauss, qui s'y connaissit en noiceur. Molière a écrit aussi un "Amphitryon" mais le matricule 38 de Giraudoux était moins pour faire rire que pour faire sourire. Vous avez fourni, cher Guthrie, un titre qui résume la démarche de Giraudoux, "souriante". Ni chez Guirtry, ni chez son prédécesseur Molière (je prends mes risques sacrlièges) il n'est permis de sourire. On va de la mort, personnalisée admrablement dans la scène finale d'Ariane Mnouchkine, "Molière", fin du "Malade Imaginaire" avec la bave sanglante qui s'écoule des commissures du grand homme, aux grands éclats de rire de Scapin, ou du  Bourgeois Gentilhomme. Seule pèce giralducienne, avant la date, de Molière, "Le Misanthrope". De même Guitry, avec son "Mot de Cambronne" libère-t-il à la fin le public de l'éclat de rire qu'il attendait, juste à la fin.
Il y a deux concepts dans l'expression du plaisir chez l'Etre Humain: le sourire et le rire.
Racine avait loupé son coup de faire rire comme Molière avec "les Plaideurs". Voici une pièce qui est giralducinne avant l'heure. Giraudoux a réussi le sien avec "La Guerre de Troie n'aura pas lieu" où tout est sourire.
Quant à Tardieu, je connais trop peu pour me hasarder à en écrire un mot, ce que ne manqueraient pas de faire, si vous parcourez les Forums, des tas de commentateurs. J'aime Guitry et je connais. Comme j'aime Jean Genet, rencontré au bar de l'Hotel Sémiramis, à Damas, et avec lequel je devisais assez longtemps. Ce fut la seule fois. J'eusse aimé le faire avec Giraudoux et Guitry.  Las ! L'un est mort trop tôt, l'autre était enfermé à Fresnes avant qu'on ne le ressorte lavé, et après l'avoir trainé hors de chez lui en pyjama et coiffé d'un ridicule "panama". Après, il restait le "boulevard"... farci d'adaptations de pièces anglo-saxonnes, avec Lamoureux en vedette (rires aux éclats garantis !). La finesse d'un sourire giralducien ou même guitryen était évanouie. Je ne sais si vous voyez la relève. Les journalsites tiennent le porte-plume et le contre-porte-plume. Difficile de sortir de cette ornière.
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Lun 18 Nov - 19:42

On pourrait croire, si l'on jette un œil rapide sur nos échanges, qu'il refoule ici la forte odeur caramel du papier jauni où naissent les psoques et autres poux des livres. A défaut je l'espère d'une nostalgie poussiéreuse, ce besoin de déterrer les auteurs du passé révèle tout autre chose. Et dans le constat, Hérodote, que vous amorcez en fin de message, vous laissez entendre pourquoi notre regard recherche plus souvent le rétroviseur que le pare-brise. Comme vous, j'ai la faiblesse de croire qu'on peut, sans pour autant entonner l'air c'était mieux avant, déplorer que les écrivains aient cédé la place aux économistes et regretter qu'il soit devenu quasi impossible d'ouvrir sa radio, sa télé, sans entendre un sociologue ou un journaliste nous servir son analyse du monde, financière, politique, sociale, même sur des stations non généralistes comme France Culture. Chacun le sait maintenant, instruit par des déceptions successives, le capitalisme règne en maître. Et le fait entendre. Et quoiqu'il advienne il aura toujours raison. Ses ministres nous le répètent bien assez. Faut-il espérer une guerre afin que ça change ? Non, bien sûr. A l'image d'un croupier tricheur, les guerres ont la particularité de rebattre les cartes pour les distribuer de la même manière. Pas d'espoir de ce côté-là. Alors, pour mettre un bâillon sur ce discours univoque, celui du tout-info, et si l'on refuse les solutions proposées par l'ésotérisme new-age, quoi de plus normal d'aller chercher les voix du passé à notre rescousse ?  

Regardons les choses en face. Giraudoux avait prédit par l'intermédiaire d'une folle que le capitalisme gagnerait au final. Avoir pris une folle n'est pas un choix anodin. Ceux qui ne suivent pas l'ornière ne sont-ils pas toujours considérés comme fous ? Chercher chez Giraudoux ou chez Mozart une voix qu'on n'a plus le loisir d'entendre ne doit pas nous ranger dans la catégorie des passéistes. On peut aimer Mozart tout en reconnaissant qu'il est impossible aujourd'hui d'écrire de cette manière. Pourquoi ? Pas par manque de talent. Quand on a connu deux guerres mondiales, on ne peut plus écrire comme Mozart ; quand on s'est pris une bombe atomique sur la tronche, on ne peut plus écrire comme Giraudoux. Ces artistes nous parlent pourtant. Par la force de l'universalité leur discours traverse les âges. A chacun ses remèdes : eux nous en proposent un.      
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Re: Giraudoux ou l'ironie souriante

Message par Guthrie le Mar 19 Nov - 13:49

Emporté par la mauvaise humeur et la vanité, j'ai fermé les yeux sur l'essentiel de votre dernier message. Aussi je m'excuse de m'être perdu dans mon labyrinthe d'encre.

La jonction Guitry/Giraudoux que vous établissez me ramène tout de suite au théâtre d'Eric-Emmanuel Schmitt. Une pièce comme Le Libertin, retraçant les folles journées philosophiques et sensuelles de Denis Diderot, on retrouve pile-poil le tac au tac d'un Guitry servi par les répliques ciselées d'un Giraudoux ; entre boulevard et théâtre de haute tenue. Et puisque vous nous invitez à mettre en lumière les auteurs actuels, je me vois mal ne pas braquer le projecteur sur Enzo Cormann – aucun rapport là avec le mariage Guitry/Giraudoux –, dont la passion pour le jazz déborde sur l'écriture. Lui aussi un style de grande facture, les images fusent, on ne s'ennuie jamais. Si je devais vous conseiller quelque chose, Toujours l'Orage et Cairn, pour moi ses deux meilleures pièces. Sinon il y a plein plein de jeunes talents à découvrir chez Actes Sud ou aux Solitaires Intempestifs : Pierre Laville, Olivier Py (écriture poétique trop bavarde à mon goût, je le trouve moins guindé en tant qu'acteur ou metteur en scène ; moins chiant en tout cas), Jean-Gabriel Nordmann, Serge Valletti, sans oublier les regrettés Jean-Luc Lagarce et Bernard-Marie Koltès.

PS : bonne nouvelle ! Je viens de trouver le livre de Jean-Dominique dans ma boîte aux lettres.
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