Délire: quand notre pensée nous échappe

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Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par Isidor le Mer 6 Fév - 10:10

Bonjour

J'ai attrapé une méchante sinusite qui a notamment fait monter ma température jusqu'à 40 (un petit 40). J'ai donc passé une nuit formidable dans les affres de la fièvre. Cela me rappelle cette magnifique chanson d'Anne Sylvestre "Carcasse": "Moi la fièvre je l'aimais bien/ quand tu me collais des angines / je voyais des dragons de Chine / s'agiter sur le papier peint"
J'ai donc passé ma nuit à monter des boites (au sens entreprises) que je visualisais par des alignements de boite dans mon délire. Et j'ai tourné comme ça de 21h15 environ jusqu'à 3h. Je n'ai pas vraiment dormi, je tournais et retournais dans mon délire, essayant d'aligner des "boites" et à construire des sociétés.
Mais ce que je trouve intéressant, c'est à quel point je n'ai pas pu en sortir de ce délire. Je me suis levé plusieurs fois pour aller boire mais même là, je restais dans mon monde de boite, alors même que consciemment je me disais "c'est de la fièvre, il faut en sortir". Mais c'était plus fort que moi, je retournais dans cet étrange délire. Cela emplissait toute ma pensée, sans que je puisse réagir. Et je me suis dit que d'une certaine façon, j'approchais de la folie, de ce moment où un délire emplit tout une pensée et qu'on ne le distingue plus de la pensée cohérente.
Qu'en pensez vous ?
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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par Lt Ripley le Mer 6 Fév - 10:22

Au printemps dernier, alors que je révisais mon code, j'ai vu défiler tous les panneaux entre 21h et 4h.
Dernièrement, j'étais persuadée que la sueur que je ressentais était du goudron.

Ce que tu en dis est très vrai. Ce qui m'a frappée, à ces moments-là, c'est que je savais que je délirais, car je savais que j'étais malade (et je m'étais même couchée en me disant "J'espère ne pas délirer). C'est donc, d'une certaine façon, un moment où l'on est davantage conscient que dans le rêve habituel. Je sais que je délire et que ce que je perçois est faux.Et pourtant, impossible de contrôler cette "logorrhée" onirique.

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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par MathieuMf le Mer 6 Fév - 10:26

Je compatis Romain, j'ai eu la même dans la nuit de Lundi, dans mon cas c'était avec des histoires de cérémonie ou de Tenue (ça marque ces trucs Wink ) ... J'ai eu plus de chance, minuit -> 4h. J'ai par contre réussi à décrocher après être descendu boire un coup d'orange, et j'ai dormi direct ensuite ...
Cette nuit, moins de fièvre, mais c'était les chansons du petit qui me tournaient en boucle dans la tête (pire que le petit bonhomme en mousse ...), et tout autre truc désagréable que j'avais pourtant réussi à mettre de côté (mes histoires de copro, etc ...) J'ai eu la présence d'esprit de ne pas trop écrire, j'étais parti à envoyer des mails à 4h du mat ... Very Happy

Je trouve ça flippant, cette impression de ne rien contrôler, et la conscience à la foie de son délire ... en fait, je n'ai pas peur de grand chose, mais ça me fait penser à Alzeimer - et là c'est autre chose.

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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par Olive1968 le Mer 6 Fév - 18:22

Oui c'est extrêmement désagréable, je me souviens avoir contracté une méchante grippe il y a une quinzaine d'années avec un pic à 40,1 ! C'était du délire en effet, d'ailleurs à ce stade nous ne sommes plus conscients de grand chose, et les impressions comme les repères se mêlent pour devenir complètement incohérents. Mais j'ignore ce que la fièvre provoque exactement dans le cerveau, car on peut tenir un discours plus ou moins cohérent dans ces cas là, qui ont un certain sens...

Peut être qu'à ce moment là, l'inconscient prend davantage de place, et le conscient devient poreux ? Il faudrait voir ce qui se passe sur le plan neurologique. Mais le délire n'est-il qu'un amas informe et sans signification ? Je ne sais.
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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par Herodote le Mer 6 Fév - 22:12

Jean-Dominique a eu le choléra au Proche-Orient, à 8 ans, du fait d'un vaccin autrichien (ne faisons pas tout supporter aux Arabes!) et a été soigné dans un hopital italien !. Mon épouse, sa mère donc, était auprès de lui et il se rappelle très bien avoir dit clairement à sa Maman : "Maman, pourquoi tu n'es pas un crayon ? Un crayon bien pointu, bien taillé, et on pourrait écrire avec toi !". Ma femme était éberluée, affolée. Elle appela une Soeur (religieuse et non maçonne !) qui prit la température de l'enfant. Normal. Le choléra pris à temps se soigne très bien avec, à l'époque un antibiotique (chloramphénicol, en ce temps-là). Et mon fils était en cours de guérion. Jean-Dominique se souvient très bien avoir exprimé la volonté que sa mère soit un crayon. Le médecin, le lendemain, nous prévint que le choléra, du moins son vibrion en cours d'élimination, pouvait laisser quelques jours durant, des séquelles légères neurologiques. Y avait-il dans
le mignon petit cerveau de mon fils quelques vibrions à l'agonie qui s'accrochaient désespérement à des synapses ? Il se souvenait mais en riait et en rit encore. Toute affection peut entrainer un syndrôme neurologique.
Je n'ai jamais eu la grippe.
Donc je ne peux pas savoir ce que ce c'est qu'une forte fièvre.
Mathieu : Alzheimer ne commence pas du tout ainsi. C'est hélas, bien plus insidieux ! Rassure toi (j'ai un médecin très proche de moi).
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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par MathieuMf le Mer 6 Fév - 22:31

Herodote : j'ai vu Alzeimer de ses débuts à sa fin, malheureusement. Du moins sur la fin, j'ai surtout entendu ce que ça donnait, j'étais trop jeune pour qu'on me le montre en face. D'un autre côté, le pire est-il pour la personne atteinte avec cette maladie ... (qui au final, ne se rend plus compte de rien)

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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par carpediem le Jeu 7 Fév - 17:54

MathieuMf a écrit: D'un autre côté, le pire est-il pour la personne atteinte avec cette maladie ... (qui au final, ne se rend plus compte de rien)
j'espère ne pas dire de bêtise mais il me semble qu'une personne atteinte de cette maladie à quand même quelques moments de lucidité ou elle se rend parfaitement compte de son état... à verifier car comme toi j'étais trop jeune au moment de ma confrontation à cette maladie
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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par chrysalide le Jeu 7 Fév - 18:14

la seule fois où j'ai eu 40° j'étais gamine....vraiment petite..4 ou 5 ans....
mais je m'en souviens encore...a chaque fois que ma mère éteignait la lumière et sortait de la chambre, il y avait au plafond un mouton poussière qui me souriait ...oui, oui...une grosse grosse poussière avec des yeux, une bouche qui souriait...
j'étais terrorisée.....et ça a duré longtemps....ma mère a fait de nombreux allers retours, tentant de me rassurer mais ça ne servait à rien....dramatique, j'étais vraiment effrayée.

heureusement depuis j'ai découvert l'aspirateur....

une autre fois il y a quelques années avant de me faire opérer des amygdales, je faisais angine sur angine, une a été plus forte que les autres, j'avais 39,5° j'ai passé la nuit à visiter une ruche....épuisant et labyrinthique comme truc...


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Re: Délire: quand notre pensée nous échappe

Message par ishto le Ven 8 Fév - 5:14

SylvieB. a écrit:
je savais que je délirais, car je savais que j'étais malade


ça fait toute la différence avec la grande dépression, non "quantifiable", non vraiment vérifiable et qui a donc, entre autre, comme issue disons classique, celle qu'on se voit devenir fou parce que les références tangibles sont infimes. Une agression extérieure, quelque dévastatrice qu'elle soit, a au moins le mérite de pouvoir être identifiée comme "venant du dehors", l'intégrité n'est alors pas remise en question par le fond lui-même de l'individu; d'autres de la médecine générale ou spécialisés sont là pour lui faire toucher du doigt, et les symptômes eux-mêmes sont palpables physiquement. En revanche, nous ne sommes pas prémunis contre les excitations en provenance de l'intérieur du corps, les pulsions de l'organisme, et un tsunami d'une telle origine marque sont point d'impact sans aucun ralentisseur préalable, le psychisme l'accuse plein fer, brut de décoffrage (ça a la déco du naufrage, l'odeur, sauf que personne n'est là pour crier, pas même soi). Ceci a de plus la particularité d'arriver à attirer l'attention bien après que le "mal" ait fait son effet (allitération en, mauvaise, "fées"). Cette même particularité couplée au sentiment de culpabilité, l'une et l'autre s'entraînant mutuellement, confine à ce qui n'est pas une explosion, mais une implosion. J'ajouterais que c'est encore plus cruel qu'un délire, car faut-il rappeler que le délire se traduit par le rejet pur et simple d'une réalité dont les éléments vont réapparaître dans le réel comme venant du dehors du point de vu du sujet qui en est atteint. Dans la grande dépression le choc vient de l'intérieur et se répercute non pas vers l'extérieur mais vers l'intérieur d'autant plus!!! Quand je dis "grande dépression" loin de moi l'idée de faire référence à quelque chose dont une science quelle qu'elle soit se serait approprié les tenants et les aboutissants. C'est plutôt ce que j'appellerais la conscience, que nous avons tous, d'être en vie, mais conscience qui n'aurait pas eu "les épaules assez larges" pour assumer justement la largesse de: sa curiosité, ses égarements, ses revirements, ses retranchements, ses ressentiments aux conclusions et conséquences infinies (dans ce cas précis d'hyper-laxité mentale (( à l'image des ligaments, tout à fait!!))). En résumé, ce serait la maladie qui arriverait lorsqu'on n'est pas "armé" pour avoir une pensée qui précisément nous échappe trop souvent et sur le long terme. On pourrait faire l'hypothèse qu'il doit bien y avoir au cours d'un tel parcours psychique, un point de rupture qui serait le point de départ de ce terrible pèlerinage animique, conjonction d'un "passé à penser pareil" trop prolongé et de quelques évènements de l'actuel... mais ce cocktail dont on s'assimile ne dévoilerait sa sinistre saveur que bien après coup Neutral


De toute façon, c'est toujours un problème de référence, lorsque aucune référence à une expérience vécue personnelle n'est possible (une première fièvre, une première peine de coeur etc), en gros je parle des premières fois de tout évènement fort, même un savoir référentiel extérieur n'a que peu d'impact dans ces cas là. Et si nous ne sommes pas égaux envers la capacité d'encaisser, d'accuser, de recevoir, de rencontrer, de constater selon soi-même etc etc, et bien: Encore moins devant l'inauguration de l'inconnu!

Je n'ai pas fini de me prendre la tête(sorte de victoire sur soi-même lol), je reviens sur le titre du topic, en faisant fi du premier mot "délire": Quand notre pensée nous échappe!

J'ai envi de faire de la logique mal placée sur cette "pensée qui nous échappe", en premier lieu ça laissera un arrière goût très désagréable de cartésianisme qui n'a rien à foutre là, n'en déplaise l'intelligentsia qui s'auto-complaît dans le maniement de son art (-cissisme), mais sans déjà savoir ce que je vais en faire après, il me semble bon de dire que si parfois nous appartenons à notre pensée et que celle-ci s'échappe, alors elle nous entraîne dans sa fuite... rejoindrions nous alors l'autre topic "être conscient dans ses rêves" où il est souvent question de "sorties du corps" ? Si nous sommes inclus dans cette pensée qui nous échappe, et qu'en même temps nous avons la sensation de perdre quelque chose, ne serait-ce pas plutôt le corps? Ah! Je vois maintenant pourquoi j'ai pris ce détour qui ne me plait guère, c'est une question qui me vient:

Quitter son corps, nous sommes en mesure de décréter que ça peut en faire flipper plus d'un, dont moi, au-delà de la crainte éventuelle de passer pour un benêt en étant seulement passé près d'y avoir cru ne fut-ce qu'une micro seconde. Alors, peut-être que sans parler de sorties du corps, accepter de s'échapper avec la pensée qui nous inclue serait un bon début pour que cela ait moins de chance de nous rendre fou, même provisoirement. Même une éphémère sensation de devenir fou peut avoir un effet traumatisant qui déborde ce, si petit soit-il, moment de grande appréhension, et en fait, c'est la "survivance" d'un tel traumatisme qui peut véritablement aboutir à la folie toxique (car il y'a aussi de très bons moments de folie).

"Mode est rail!" c'est qd même bien à l'ordre du jour. Et si la mode est rail, il faut à tout prix empêcher que le mot déraille, ouuuh lààà attention fuuuuuuuuu, danger aïe aïe aïe!

Je crois que la "pensée" est un synonyme pour parler de soi, et que si elle nous échappe, la bonne tournure est plutôt que nous échappons à nous-même... mais nous préférons accuser une moindre perte par ce leurre métonymique: "Ma pensée m'échappe, certes! Mais moi je reste là, elle reviendra tôt ou tard cette garce". Un dépressif est sans qu'il le sache, quelqu'un qui a le cran de ne pas assumer un tel leurre métonymique!
C'est ma manière de soutenir d'autres qui comme moi on traversé, ou traverse encore ou seront amenés à traverser, excusez moi du peu, mais: Le masque absolue de l'angoisse => la mort, mourir, souffrir. A ce titre, il est à noter que l'empathie n'est ni plus ni moins qu'une manière positive de s'épargner ce genre de vérité à venir, en déviant l'énergie consacrée à cette spéculation entêtante au service du malheur d'autrui. Je ne suis pas désolé de ramener cette chère qualité à sa juste valeur, d'ailleurs elle n'y perd rien, au change de la réalité! Peu m'importe qu'on s'encense de la supposée inhérence d'une telle qualité, il faut bien s'identifier à son propre mythe, quel qu'il soit d'ailleurs, surtout qd ça touche à ce qui est vraiment essentiel à savoir dans son effet (pas toujours) bénéfique pour l'autre.
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